« Les fermes à saumon norvégiennes sont de bons clients » : l’amidonnerie de Tereos dope fortement le trafic de l’axe Seine

En coulisses de l’axe Seine, une usine transforme du simple blé en carburant, en alimentation pour poissons et demain, en plastique biosourcé. Discrète, l’amidonnerie de Tereos à Lillebonne bouleverse pourtant le trafic fluvial et maritime entre Rouen et Le Havre. Et, détail surprenant, les fermes à saumon norvégiennes jouent un rôle clé dans cette histoire.

Une raffinerie… mais 100 % végétale

Quand on arrive sur le site de Tereos, à Lillebonne, on pense d’abord à une raffinerie classique. Cheminées, cuves, tuyaux partout. Pourtant, ici, aucune goutte de pétrole. L’usine fonctionne uniquement avec une matière première : le blé.

Depuis 1969, ce site s’est transformé étape par étape. Au départ, c’était une amidonnerie « classique » qui produisait de l’amidon pour l’alimentation humaine et animale. Puis, à partir de 2007, une nouvelle activité s’est ajoutée : la fabrication de bioéthanol, un carburant issu du végétal.

Tereos se présente aujourd’hui comme une raffinerie végétale. Chaque grain de blé est séparé, fractionné, valorisé au maximum. Pas de gaspillage. Tout ou presque trouve un débouché : nourriture, énergie, chimie verte.

Pourquoi l’axe Seine est vital pour Tereos

L’usine n’est pas là par hasard. Elle est installée à Lillebonne, dans la zone industrielle de Port-Jérôme, à environ une heure de navigation de la mer. Cette localisation, au cœur de l’axe Seine, est stratégique.

Une grande partie du blé arrive par le terminal fluvio-maritime de Radicatel, près de Rouen. Des barges et de petits navires montent ou descendent la Seine, entre les plaines céréalières du bassin parisien et les ports maritimes. C’est un va-et-vient continu en entrée et en sortie d’usine.

Ce choix du fleuve n’est pas seulement pratique. Il réduit aussi le nombre de camions sur les routes, donc le trafic routier et les émissions de CO2. Pour Tereos, être sur l’axe Seine signifie pouvoir importer ses matières premières et exporter ses produits par voie d’eau, en grande quantité, de façon régulière.

Des sous-produits très prisés… jusqu’en Norvège

L’amidon et le bioéthanol ne sont qu’une partie de l’histoire. Quand on transforme le blé, on obtient aussi des sous-produits riches en protéines. Et là, un client un peu inattendu entre en scène : les fermes à saumon norvégiennes.

Les élevages de saumon ont besoin de grandes quantités d’aliments composés. Longtemps, ces aliments provenaient surtout de la pêche industrielle. Aujourd’hui, pour limiter la pression sur les ressources marines, ils intègrent davantage de protéines végétales. Les coproduits de Tereos entrent alors dans la fabrication de ces aliments.

Résultat : les fermes à saumon norvégiennes sont de gros clients de l’amidonnerie. Des navires chargés de ces produits protéinés quittent régulièrement l’axe Seine en direction du nord de l’Europe. Ce trafic contribue fortement à l’activité maritime autour de Radicatel et du port du Havre.

Radicatel, maillon discret mais essentiel de la chaîne

Pour comprendre l’ampleur de ce mouvement, il faut regarder de près ce qui se passe à Radicatel. Ce terminal fluvio-maritime proche de Rouen joue un rôle de plate-forme. Il accueille des bateaux fluviaux venant de l’intérieur des terres et des navires maritimes qui partent ou arrivent de la mer.

Le blé y transite en grande partie avant d’être acheminé vers l’usine Tereos. Puis les produits issus du blé, qu’il s’agisse d’amidon, de bioéthanol ou de coproduits pour l’alimentation animale, repartent par ce même terminal. Chaque montée en puissance de Tereos se traduit donc par une hausse du trafic à Radicatel.

Et cela ne s’arrête pas au fleuve. En aval, les ports comme Le Havre profitent aussi de ces flux. Les cargaisons se connectent aux grandes routes maritimes internationales. L’activité d’une usine à Lillebonne rejaillit finalement sur toute la logistique de l’axe Seine.

Futerro, le futur du plastique biosourcé sur l’axe Seine

Dans les prochaines années, le site de Tereos devrait connaître une nouvelle étape. Le groupe a prévu d’accueillir le spécialiste belge du plastique biosourcé Futerro. L’idée est simple : utiliser des sucres issus du blé pour fabriquer des plastiques d’origine végétale.

Concrètement, Futerro produit des polymères comme le PLA (acide polylactique), un plastique biosourcé pouvant servir à des emballages ou d’autres usages industriels. En s’installant au plus près de la matière première et des flux actuels, l’entreprise limite les transports, gagne en cohérence industrielle et renforce encore l’importance de Lillebonne sur l’axe Seine.

Cette nouvelle unité signifie plus de volumes à gérer, plus de navires et de barges à charger. Le trafic à Radicatel et vers Le Havre devrait donc encore augmenter. Une raffinerie végétale, un spécialiste du plastique biosourcé, un grand fleuve : le puzzle se met en place.

Un CO2 pas comme les autres pour l’aviation du futur

Il y a un autre produit, souvent oublié, mais décisif : le CO2 biogénique. Quand on fabrique du bioéthanol à partir du blé, on libère du dioxyde de carbone d’origine végétale. Ce CO2 n’est pas fossile, il est issu du cycle du vivant.

Au lieu de le rejeter dans l’atmosphère, l’idée est de le capter et de l’utiliser. Une partie de ce CO2 biogénique est ainsi destinée au projet Kereauzen, qui vise à produire des électro-carburants pour l’aérien. En combinant ce CO2 avec de l’hydrogène « vert » généré par électrolyse, on obtient des carburants de synthèse.

Pour le port du Havre et l’axe Seine, cela ouvre une nouvelle dimension : devenir un pôle de carburants durables pour l’aviation. Ce qui sort de l’usine de Tereos ne sert plus seulement à nourrir ou à faire rouler des véhicules. Cela pourrait, à terme, contribuer à faire voler des avions avec un impact carbone bien moindre.

Pourquoi tout cela dope le trafic de l’axe Seine

Si l’on rassemble tous ces éléments, le tableau est clair. L’usine Tereos transforme du blé en une palette de produits très demandés : amidon, bioéthanol, coproduits pour l’alimentation animale, bientôt plastiques biosourcés, et CO2 pour des carburants durables. Chacun de ces flux génère des mouvements de bateaux sur la Seine.

Les fermes à saumon norvégiennes achètent des volumes importants de produits protéinés. Futerro va créer de nouveaux flux industriels. Le projet Kereauzen ajoute une couche énergétique et aérienne. Tous ces acteurs convergent vers une même colonne vertébrale logistique : l’axe Seine, du bassin céréalier jusqu’à la mer.

Derrière une usine que l’on pourrait croire ordinaire, on découvre ainsi un véritable nœud de transition énergétique et de bioéconomie. Moins de pétrole, plus de végétal. Moins de camions, plus de barges et de navires. L’amidonnerie de Tereos ne se contente pas de transformer du blé. Elle redessine, à sa manière, les équilibres du transport et de l’industrie autour de la Seine.

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Auteur/autrice

  • Pauline Bellanger est une spécialiste en gastronomie et SEO, passionnée par la découverte des saveurs et des cultures à travers le voyage. Forte de plus de 10 ans d’expérience, elle explore les tendances culinaires, l’art de recevoir et partage ses conseils maison, tout en optimisant la visibilité web grâce à des stratégies SEO innovantes adaptées aux actualités et à la gastronomie.

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